Dans les dialogues de Platon, Socrate pratique la « maïeutique » : « l’art de faire accoucher les esprits ». Cette image de l’accouchement ne doit pas surprendre dans la bouche du fils de Phénarète, qui était sage-femme. Par des questions faussement naïves, il pousse son interlocuteur dans ses retranchements, pour qu’il prenne conscience lui-même des contradictions et des faiblesses de ses raisonnements, en même temps qu’il l’amène, à travers ses propres réflexions, à identifier ce qu’il connaît déjà sans avoir su le formuler.
Dans sa rencontre avec la Samaritaine, Jésus semble recourir au même procédé, lorsqu’il formule des demandes simples et concrètes : « donne-moi à boire » ; « appelle ton mari et reviens », qui introduisent un dialogue.
Chacune de ces demandes entraîne cette femme d’abord à désirer une eau bien plus vivifiante que celle qu’elle vient puiser et ensuite à chercher l’adoration de Dieu en esprit et en vérité. À partir de là elle peut reconnaître en Jésus le Messie et témoigner de lui. Quant aux disciples, ils sont eux aussi invités à passer des nourritures terrestres à l’accomplissement de l’œuvre du Père.
Cependant Jésus va plus loin. Là où Socrate fait accoucher dans les esprits une connaissance de soi qui permet d’assumer sa place dans le monde, Jésus nous met en relation avec Dieu. Saint Paul le développe dans sa lettre aux Romains (2e lecture) : « Nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné par la foi l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Et l’espérance ne déçoit pas puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Romains, 5, 1-2).
Plutôt que faire accoucher les esprits, Jésus répand l’amour de Dieu par le don de son Esprit.

P. Vincent Thiallier