Ce titre n’évoque pas une analyse sociologique contemporaine, mais la situation que décrit Jésus dans l’évangile ce dimanche : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (10, 37). Une semaine après la fête des pères et quelques semaines après celle des mères, ce propos doit faire réagir les parents qui l’entendent et les enfants que nous sommes tous. Doit-on choisir entre l’amour filial et la suite du Christ ?
Faisons un petit retour en arrière. Nous lisons la fin du chapitre 10 de saint Matthieu. Juste après avoir appelé les Douze, Jésus les enseigne sur la mission auprès « des brebis perdues de la maison d’Israël » (10, 6). Cependant, par son évangile, saint Matthieu s’adresse à une communauté chrétienne qui poursuit la mission des apôtres, élargie puisqu’ils s’adressent aussi aux païens.
Pour entendre les propos de Jésus, il faut se mettre à la place de ces premières générations de chrétiens, en particuliers ceux issus des religions païennes. Ils ont refusé de s’associer au culte des dieux tutélaires de leur famille et de leur cité, brisant l’unité sociale que ceux-ci représentaient. De là viennent les persécutions. Le disciple de Jésus, doit s’attendre à rencontrer la contradiction. C’est par là qu’il s’identifie à son maître. Jésus ne nous prend pas en traitre : nous rencontrerons nous aussi des oppositions. Cependant le rejet n’est pas la seule perspective : « Qui vous accueille m’accueille, qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé » (10, 40).
Jésus ne place pas les relations familiales au-dessus des autres. L’annonce de la paix du Royaume de Dieu passe par la division dont nous sommes si souvent témoins dans nos familles et au delà. En revanche, il promet une relation nouvelle avec lui le Fils et Dieu le Père, qui vient enrichir et déployer les relations au cœur même des familles. « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » dit Jésus chez saint Luc (8, 21).
P. Vincent Thiallier